Un professeur des universités peut toucher 3 308 € brut par mois au début de sa carrière – ou plus de 9 000 € brut en fin de parcours, primes comprises. Cet écart de 1 à 3 s’explique par une logique indiciaire précise, que beaucoup de nouveaux enseignants-chercheurs découvrent sur le tard. Voici ce que la grille prévoit réellement.
Une carrière en trois grades, du recrutement à la classe exceptionnelle
La carrière d’un professeur des universités (PU) s’organise en trois grades successifs, chacun associé à une grille d’indices majorés distincte. Le grade d’entrée, dit 2e classe (PU2), comprend 6 échelons. C’est là que vous débutez après votre qualification et votre recrutement par une commission de spécialistes.
La 1re classe est le grade intermédiaire. Elle s’articule autour d’un premier échelon à l’indice majoré 835, puis bascule sur les indices hors-échelle HEB et HEC, avec un plafond à IM 1 178. L’accès n’est pas automatique : il passe par une sélection opérée par le Conseil national des universités (CNU).
La classe exceptionnelle est le grade terminal. Elle couvre les indices hors-échelle HED et HEE, soit un IM compris entre 1 178 et 1 334. Peu de PU y accèdent avant d’avoir passé une quinzaine d’années dans la fonction publique universitaire. La progression y est lente, mais le gain salarial est réel.
Comment lire la grille indiciaire et calculer son traitement brut?
Le mécanisme est simple une fois compris. Votre traitement brut mensuel est le produit de votre indice majoré (IM) par la valeur du point d’indice, fixée à 4,92278 € depuis le 1er janvier 2024. Cette valeur est gelée depuis juillet 2023.
Exemple concret : au 1er échelon de la 2e classe, l’IM est de 672. Cela donne 672 × 4,92278 € = 3 308 € brut par mois, soit environ 2 626 € net après retenues sociales. En fin de classe exceptionnelle, l’IM 1 334 produit 6 567 € brut, soit 5 212 € net.
Les quatre premiers échelons de la 2e classe durent chacun un an. Au bout de 4 ans, vous atteignez donc l’IM 835 – à condition de ne pas avoir été promu en 1re classe entre-temps. La durée des échelons hors-échelle varie selon les chevrons.
Grille indiciaire par grade : les montants échelon par échelon

Voici les montants bruts mensuels par grade, tels qu’ils s’appliquent en 2026 avec la valeur du point d’indice en vigueur :
| Grade | Échelon / Chevron | Indice majoré | Traitement brut mensuel |
|---|---|---|---|
| 2e classe | 1er échelon | 672 | 3 308 € |
| 2e classe | 4e échelon | 835 | 4 110 € |
| 2e classe | Hors-échelle B (sommet) | 1 072 | 5 277 € |
| 1re classe | Hors-échelle B | 1 072 | 5 277 € |
| 1re classe | Hors-échelle C (sommet) | 1 178 | 5 799 € |
| Classe exceptionnelle | Hors-échelle D | 1 178 | 5 799 € |
| Classe exceptionnelle | Hors-échelle E (sommet) | 1 334 | 6 567 € |
Ces montants s’entendent hors primes et indemnités. Ils peuvent paraître modestes comparés aux niveaux de qualification exigés – mais le RIPEC change significativement la donne.
Promotion de grade : quels taux et quelles conditions pour avancer?
Passer de la 2e à la 1re classe suppose d’être éligible et d’être retenu. Le ratio promu/promouvable est fixé à 18 % depuis 2023 : sur 100 PU remplissant les conditions, seuls 18 sont promus chaque année. La sélection appartient au CNU, section par section.
L’accès à la classe exceptionnelle obéit à une logique similaire, avec un taux de promotion de 15 %. Cela signifie qu’une grande partie des professeurs en 1re classe attendent plusieurs années avant de franchir ce palier – ou ne l’atteignent jamais.
En pratique, le rythme de progression dépend autant de votre section CNU que de votre dossier individuel. Certaines disciplines, très dotées en postes, offrent des perspectives plus rapides. D’autres, où les promotions sont rares, contraignent des PU qualifiés à stagner des années dans le même grade.
Le RIPEC complète la grille : jusqu’à 30 000 € de primes annuelles supplémentaires

Le Régime indemnitaire des personnels enseignants et chercheurs (RIPEC) est entré en vigueur pour transformer une réalité connue : le traitement indiciaire seul ne reflète pas la rémunération réelle d’un PU. Il comprend trois composantes cumulables.
- C1 – Composante universelle : 4 800 € par an, versée à tous les PU sans condition particulière.
- C2 – Composante fonctionnelle : entre 0 et 18 000 € par an, attribuée selon les fonctions exercées (direction d’UFR, responsabilités pédagogiques, etc.). Trois groupes de fonctions définissent les montants.
- C3 – Composante individuelle : entre 0 et 12 000 € par an, liée à l’évaluation de votre activité sur une période de 3 ans par le Haut Conseil de l’évaluation de la recherche et de l’enseignement supérieur (Hcéres) ou votre établissement.
Un PU exerçant des fonctions de direction et bénéficiant d’une excellente évaluation individuelle peut donc percevoir jusqu’à 34 800 € de primes annuelles en cumulant les trois composantes – soit près de 2 900 € supplémentaires par mois. Sur un traitement de base de 3 308 € brut, cela change radicalement l’équation.
La C1 est le socle garanti. Les C2 et C3 introduisent une part variable qui peut représenter, pour les PU les mieux positionnés, plus de 40 % de leur rémunération totale. C’est précisément cette architecture à deux vitesses – indice fixe et primes modulables – qui différencie les trajectoires salariales d’un PU à l’autre, bien au-delà de ce que la grille indiciaire laisse entrevoir.