Scolinfo : l’ENT de l’enseignement catholique qui a fermé ses portes en 2026

scolinfo

Deux millions d’utilisateurs, 7 220 établissements connectés, et du jour au lendemain : plus rien. Le 2 janvier 2026, Scolinfo a coupé l’accès à son portail sans prévenir les familles. Pour comprendre ce qui s’est passé, il faut reprendre l’histoire depuis le début.

C’est quoi Scolinfo?

Scolinfo était un Espace Numérique de Travail (ENT) conçu spécifiquement pour les établissements de l’enseignement catholique français. La plateforme permettait aux familles de suivre les notes, les absences, les bulletins et les communications de l’établissement depuis un seul espace en ligne.

Derrière le produit, une structure associative fondée en 1991, immatriculée sous le numéro RCS 381 386 804. Le modèle reposait sur l’adhésion : un établissement ne pouvait pas simplement s’abonner à Scolinfo comme à un logiciel classique. Il devait rejoindre l’association pour y avoir accès, ce qui donnait à la relation un caractère communautaire assez particulier.

En 2024, selon les données disponibles, la plateforme comptait plus de 2 millions d’utilisateurs actifs et couvrait les 7 220 établissements catholiques français qui scolarisent un peu plus de 2 millions d’élèves. Ce n’était pas un acteur marginal : Scolinfo touchait une part significative de l’enseignement privé sous contrat en France.

Qui était derrière Scolinfo?

Scolinfo était développé et commercialisé par Aplon, dont l’objet associatif était formulé clairement : « créer, entretenir, développer des outils informatiques au profit des établissements catholiques d’enseignement ». La marque « SCOLINFO » a été déposée le 2 août 2013 auprès de l’INPI, publiée au Bulletin Officiel de la Propriété Industrielle sous le numéro 2013-34 du 23 août 2013.

La structure a évolué avec le temps. Aplon est devenue Aplim, organisée sous la forme d’une SAS détenue à 100 % par une holding associative appelée « Aplim L’Asso ». Le conseil d’administration de cette holding est composé d’acteurs de l’Enseignement catholique. En 2024, Aplim employait 150 salariés et réalisait un chiffre d’affaires de 20 millions d’euros.

Une question revient souvent dans les recherches : Scolinfo avait-il une orientation politique ? La réponse est non. Le positionnement sur l’enseignement catholique est historique et commercial. Aplon s’est construite pour servir un secteur précis, avec ses propres règles de gouvernance et ses propres interlocuteurs – pas pour défendre une ligne idéologique. Les établissements catholiques sous contrat avec l’État sont pluralistes dans leur recrutement ; leur outil numérique l’était également.

Comment se connecter à scolinfo.net?

scolinfo se connecter

Tant que la plateforme fonctionnait, la connexion se faisait sur le portail www.scolinfo.net. Le point que beaucoup de familles découvraient à la rentrée : aucune création de compte autonome n’était possible. Vous ne pouviez pas vous inscrire vous-même. C’est l’établissement scolaire qui transmettait les identifiants, généralement par e-mail ou par courrier papier.

Ce délai pouvait aller de 24 à 72 heures en période scolaire, ce qui générait parfois de la frustration en début d’année, quand les parents voulaient accéder immédiatement au suivi de leur enfant. L’hébergement était réalisé intégralement sur des serveurs français, et la plateforme respectait le RGPD, ce qui était un argument régulièrement mis en avant face à des concurrents moins regardants sur la localisation des données.

Une fois connectés, les notes et bulletins étaient mis à jour sous 48 heures après leur saisie par les enseignants. C’était l’une des promesses concrètes de la plateforme, et elle était généralement tenue.

Scolinfo a fermé : que s’est-il passé exactement?

Le 2 janvier 2026, les connexions ont été bloquées. Sans préavis clair, sans communication anticipée aux familles, sans mode d’emploi pour la transition. Des parents qui tentaient de se connecter le matin de la rentrée ont simplement trouvé porte close.

Ce qui s’est passé en coulisses : Aplim a opéré une fusion stratégique, et la technologie Scolinfo a été absorbée par ÉcoleDirecte, autre plateforme ENT française. Ce n’est pas une faillite, ni une disparition chaotique – c’est une décision industrielle délibérée. Mais le calendrier et le manque de communication ont laissé beaucoup d’établissements et de familles dans le flou pendant plusieurs semaines.

Le domaine historique scolinfo.net n’affiche plus la plateforme. Il héberge désormais un média d’information généraliste, sans lien avec l’ancien service. L’application mobile, quant à elle, n’est plus maintenue par l’éditeur et ne synchronise plus aucune donnée.

Scolinfo ou ÉcoleDirecte : quelles différences pour les familles?

Les deux plateformes couvrent les mêmes besoins de base : consultation des notes, suivi des absences, messagerie avec l’établissement, accès aux bulletins. Sur le fond des fonctionnalités, la migration vers ÉcoleDirecte ne devrait pas dérouter les familles habituées à Scolinfo.

Les différences tiennent surtout à l’interface et aux habitudes. ÉcoleDirecte a une ergonomie différente, une application mobile active et maintenue, et un écosystème plus large. Voici ce qui change concrètement pour une famille qui bascule :

  • Les identifiants sont nouveaux : l’établissement doit en recréer pour chaque utilisateur
  • L’historique des bulletins antérieurs à la migration n’est pas automatiquement transféré
  • L’application mobile ÉcoleDirecte est disponible sur iOS et Android et fonctionne correctement
  • La messagerie interne est présente mais avec une interface différente de celle de Scolinfo
  • Les droits d’accès parents/élèves se configurent établissement par établissement

Ce que les établissements catholiques gagnent dans cette migration : une plateforme activement maintenue, avec des mises à jour régulières. Ce qu’ils perdent : un outil qui était pensé pour eux dès le départ, avec une gouvernance associative dans laquelle ils avaient leur mot à dire.

Scolinfo face à Pronote : deux ENT, deux marchés

Pronote est l’ENT dominant dans l’enseignement public. Scolinfo occupait un terrain différent : l’enseignement privé catholique. Les deux plateformes offraient des fonctionnalités comparables – notes, cahier de textes, absences, messagerie – mais leurs écosystèmes et leurs modèles économiques n’avaient pas grand-chose en commun.

Pronote est édité par Index Éducation, entreprise privée dont la croissance s’est construite sur les marchés publics. Scolinfo reposait sur une logique associative où les établissements membres avaient un droit de regard sur la gouvernance. Ce modèle a rendu Scolinfo plus proche de ses utilisateurs institutionnels – mais aussi plus fragile face aux mutations du marché.

Sur le terrain quotidien, un parent qui passait de Pronote à Scolinfo ou inversement retrouvait ses repères assez vite. Les différences portaient sur des détails d’interface et sur la gestion des droits d’accès, pas sur les fonctionnalités fondamentales. Ce qui distinguait vraiment les deux outils, c’était leur ancrage sectoriel et la façon dont les établissements étaient représentés dans les décisions de l’éditeur.

Avis et retours des utilisateurs sur Scolinfo

scolinfo net

Les retours que l’on trouve sur les forums de parents et les groupes de discussion scolaires dessinent un tableau assez nuancé. Scolinfo n’était pas une plateforme qui suscitait des passions, dans un sens ou dans l’autre. Les familles qui l’utilisaient sans problème ne la commentaient pas. Celles qui avaient des critiques, elles, se sont exprimées.

Les points forts les plus souvent mentionnés :

  • La fiabilité de la mise à jour des notes, généralement effective sous 48 heures
  • La lisibilité du suivi des absences, jugée plus claire que sur certains outils concurrents
  • L’hébergement sur serveurs français, rassurant pour les parents soucieux de la confidentialité des données de leurs enfants
  • La simplicité de la prise en main pour les familles peu habituées aux outils numériques

Les critiques, elles, se concentrent sur la fin de vie de la plateforme. La fermeture sans préavis du 2 janvier 2026 a généré une vague de mécontentement. Des parents qui avaient des bulletins à récupérer, des élèves en pleine période d’orientation avec des documents archivés sur la plateforme : tout ça est devenu inaccessible du jour au lendemain.

L’application mobile avait aussi ses détracteurs. Elle était jugée peu ergonomique dans ses dernières versions, et les mises à jour s’étaient raréfiées dans les mois précédant la fermeture – signe, avec le recul, que la migration était planifiée depuis un moment.

Scolinfo était-il adapté aux établissements Montessori?

La question revient dans certaines recherches : Scolinfo et la pédagogie Montessori, ça allait ensemble ? La réponse courte est non, et l’association est surtout due à un malentendu sur ce qu’est l’enseignement catholique.

Scolinfo était conçu pour les 7 220 établissements catholiques sous contrat avec l’État, qui suivent les programmes de l’Éducation nationale et évaluent les élèves par notes chiffrées. C’est un modèle pédagogique traditionnel, avec bulletins, moyennes et classements. Les écoles Montessori, elles, fonctionnent sur une logique d’évaluation qualitative, sans notes numériques, avec des progressions individualisées qui ne rentrent pas dans les cases d’un ENT standard.

Quelques établissements se réclamant de Montessori sont rattachés à des réseaux catholiques, ce qui peut expliquer pourquoi les deux termes apparaissent parfois associés dans les recherches. Mais la plateforme Scolinfo n’avait aucune fonctionnalité spécifique pour les pédagogies alternatives. Elle n’était tout simplement pas l’outil adapté à ce type d’établissement.

Que faire maintenant que Scolinfo n’existe plus?

Si votre enfant était scolarisé dans un établissement qui utilisait Scolinfo, voici les démarches à suivre selon votre situation.

  • Récupérer les bulletins et relevés de notes : contactez directement le secrétariat de l’établissement. Ils peuvent accéder aux archives via leurs propres outils administratifs, même si vous n’avez plus accès au portail Scolinfo.
  • Accéder au nouvel ENT : la plupart des établissements ont basculé sur ÉcoleDirecte. L’établissement doit vous transmettre de nouveaux identifiants – cette démarche est à initier auprès du secrétariat ou de la direction.
  • L’application mobile Scolinfo : si elle est encore installée sur votre téléphone, désinstallez-la. Elle ne synchronise plus aucune donnée et peut induire en erreur.
  • Documents pour dossiers officiels : pour un dossier de bourse, d’orientation ou de VAE qui nécessite des relevés anciens, l’établissement reste votre seul interlocuteur. Ils sont tenus de conserver ces données sur une durée réglementaire.

Si l’établissement de votre enfant n’a pas encore communiqué sur la transition, relancez-le par écrit – un e-mail au secrétariat suffit. Demandez explicitement quel ENT est désormais utilisé et dans quel délai vous recevrez vos accès. La migration technique est du côté de l’école, pas du vôtre.

Scolinfo a disparu comme il avait fonctionné : dans une relative discrétion, au service d’un secteur qui continuera sans lui. Ce qui reste, ce sont des établissements qui ont besoin d’outils qui durent – et des familles qui méritaient un peu plus de préavis.